17/03/2017 - 10:25

Vous avez dit : « Plus rien à foutre », les jeunes ?

Alors que B. Teinturier repart avec le prix du livre politique 2017 pour Plus rien à faire, plus rien à foutre. La vraie crise de la démocratie, une question se pose : peut-on encore engager les plus jeunes sur les problématiques citoyennes et politiques?
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Si l’éloignement entre les citoyens et la politique est pointée du doigt, comment peut-on recréer de l’envie chez les millennials ? Sur quels leviers miser pour recréer du lien avec eux et les engager durablement ? Loin du « plus rien à foutre », certaines actions citoyennes démontrent que de nouvelles formes d’engagement existent, bien souvent soutenues par le digital. De quoi nous inspirer ?

Inès, 18 ans, recherche espace d’expression libre.

L’initiative Stades Citoyens intrigue : en faisant le pari de créer une agora au Stade de France, elle entend réenchanter le débat entre citoyens autour de la question du mieux-vivre.

Certes, elle n’atteindra peut-être pas son objectif de recruter 80 000 personnes mais il n’empêche qu’elle existe et prend sa genèse dans la volonté de rassembler et laisser chacun s’exprimer. Tout comme le mouvement Nuit Debout et ses nombreux débats qui ont régulièrement fait la une des journaux en 2016.

En créant des espaces d’échange, où chacun est libre d’exprimer son opinion et son engagement sans hiérarchie, il semble donc encore possible d’inciter les jeunes à s’investir et à donner de leur temps pour défendre leur opinion et surtout passer à l’action.

Non, les YouTubeurs ne parlent pas que produits de beauté.

Les jeunes citoyens ayant un rapport nouveau à l’information et aux médias, des initiatives émergent pour raconter différemment l’actualité. Sous un angle ludique et informel, beaucoup de ces mises en scène recréent de la proximité et font renaitre de l’intérêt auprès d’un public de plus en plus éloigné de ces sujets.

Vous voulez des exemples ? Il y a Jean Massiet, YouTubeur en direct du Sénat, qui reprend les codes des gamers sur Twitch (ie se filmer en train de jouer en commentant en live le jeu). Des débats politiques animés que l’on peut retrouver sur sa « chaine citoyenne, bordel ! ».

Mais on pense aussi à Tibo Inshape qui s’est immiscé dans les coulisses de l’armée de Terre pour donner à voir les épreuves de sélection. Un principe de réalité immersive qui donne de la force aux valeurs d’engagement pour le pays, à voir ici. Ou encore Manon, cette doctorante qui décrypte l’Histoire et la mythologie façon websérie. Mais attention, si la forme est légère, il n’empêche que le fond est réfléchi comme elle le raconte dans cette interview.

Revendiquer la créativité et l’instantanéité de faire.

Et si nous faisions une pause du côté de Snapchat, réseau social référent pour les millennials ?

En laissant une place forte à la créativité et au « faire », il a su marquer des points. En effet, dès le lancement de l’application, l’utilisateur est immédiatement invité à créer du contenu, avant même de pouvoir consommer celui de sa communauté. Un principe qui permet de faire venir et surtout de donner envie de revenir, puisque les possibilités sont multiples et à chaque fois ludiques et personnalisées.

A nous de le voir comme une opportunité pour envoyer un signal fort à cette génération : en lui donnant la possibilité d’aborder les sujets et problématiques comme elle l’entend, il semble possible d’instaurer une relation de proximité et de confiance, où la liberté de faire apporte du sens et de la connivence.

Aller écouter et observer pour « s’infiltrer ».

L’engagement de cette génération passe aussi par la capacité à aller la chercher dans son quotidien. Une approche tactique voire même d’infiltration pour entrer en interaction avec elle et faire naitre l’intérêt pour une cause, un sujet.

Or, qui dit infiltration dit mise en place d’une « écoute » fine. C’est elle qui permettra d’identifier les usages et les attitudes sur lesquels s’appuyer pour enclencher l’intérêt. D’où l’envie d’aller sur le terrain pour les comprendre et mieux les adresser.

C’est d’ailleurs en ce sens que la « secte » Influx a réussi son pari. En trouvant le ton juste et en reprenant les codes des réseaux sociaux, l’initiative a pu encourager les jeunes (et moins jeunes) à s’inscrire sur les listes électorales. Cette capacité à créer un bruit, un bruit juste et approprié, a permis au sujet de bien immerger.

Parce qu’il fallait aller là où les jeunes étaient, en comprenant et jouant avec leur univers.

Fini de s’en foutre ?

Si, comme l’ensemble de la population, les jeunes se sont éloignés des sphères politiques, ils réussissent pourtant à créer de nouvelles formes d’engagement.

A nous de s’inspirer de ce qui fonctionne : un engagement créatif où la mise en scène de soi est centrale. Des espaces d’expression, de débats où chacun a sa place. Une communication qui se passe entre jeunes, sans qu’ils soient pour autant repliés sur eux-mêmes.

En d’autres mots, prendre le temps de les comprendre, d’aller à leur rencontre parce qu’ils méritent toute notre attention et ont des idées et de l’énergie à revendre.

Bref, adoptons une vraie posture de hackers parce qu’on en a à foutre !

 

 

Solenne Faure Planneur stratégique

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